Je me présente, je suis tunisienne, mariée en 2005 -et en plus par procuration- avec un canadien d’origine tunisienne. Je vous raconte finalement mon histoire -et détaillée même- pour que chaque personne se rappelle bien ce qu'une tunisienne a vécu, une tunisienne qui a cru qu'elle vivait à une ère là où l'homme et la femme se marient avec consentement mutuel et même par amour..et bah oui cette femme a été si méchamment trahie..
en attendant vos commentaires.
J’ai rejoint mon mari pour vivre au Canada, en septembre 2006 après une attente de quatre ans pour obtenir un visa, soit 18 mois après la signature du contrat de mariage, – qui dit mieux-
Mon époux s’est installé au canada depuis 18 ans, il a 40 ans, il occupe un poste de cadre dans la fonction publique..
Pour moi, je l’ai cru, comme il le répétait tout le temps que j’allais quitter l’enfer -la Tunisie- et m’installer dans un paradis -le Canada. J’étais disposée à faire tous les sacrifices, d’autant plus que je n’étais pas indifférente envers ce monsieur –aujourd’hui je n’ose même pas dire que j’étais amoureuse.
Arrivée dans mon « nouveau paradis » -comme il le dit toujours-, ce fut le choc car j’ai fait le voyage mais de sens inverse. Ma première déception, je l’ai subi après seulement quelques jours de vie commune. Alors que je fantasmais pour le voyage promis à Cuba en guise de nouvelles noces, mon mari me programmait des entretiens pour un boulot, pas le temps de souffler, il y a les dettes, les impôts, les prêts de la voiture et de la maison. J’avais pour mission de l’aider à les éponger. Ça aurait été un plaisir de le faire mais dans un autre contexte.
Par pudeur et par respect de nos deux familles, je n’oserai jamais raconter certains détails sur la dure réalité vécue durant 3 mois de vie commune – une éternité pour moi-
Ces quelques mois ont été pour moi la période la plus dure de ma vie.
J’ai été ridiculisée, humiliée, abandonnée, isolée du reste du monde et parfois même séquestrée (je ne détenais même pas des clés personnels de mon domicile).
Sitôt débarquée chez lui, j’ai senti qu’il n’était pas très emballé par ma présence. Tous les moyens sont bons pour me provoquer et me contrarier. Pour quelles raisons ? Pour une seule et unique raison qui revient dans toutes ses discussions et dans ses réflexions et dans son fort intérieur : mes origines arabes et musulmanes, mes coutumes, mes convictions, mes parents, ils critiquait tout ce beau monde, il le rejetait.
Il se moquait de tout et de rien, tout ce qui touche notre pays d’origine : la Tunisie.
Au début, j’ai accepté certains de ses caprices et j’ai eu la maladresse de faire beaucoup de concessions, je n’ai jamais pu profiter de mon salaire, j’ai différé l’achat de certains besoins vitaux à cause de ses problèmes financiers, pas de sorties, pas de confort, on vivait dans une grande maison presque vide, tout en vous informant qu’il s’est crédité pour acheter une voiture luxueuse, pour son propre plaisir.
Le quotidien, c’était les problèmes d’argent, le boulot qui tarde, je n’ai même pas eu le temps de respirer en arrivant à Ottawa. Chaque jour qui se lève était pour moi un enfer, mais je ne voulais pas lâcher, je voulais sauver mon ménage. Je mettais tout ça sur les problèmes que rencontrent les nouveaux mariés sur une incompatibilité d’humeur, sur mon intrusion sur un célibataire endurci- sur d’éventuelles difficultés financières.
Bien que stressée et presque traumatisée, je ne voulais pas lâcher. J’avais toujours en esprit la peine que peuvent ressentir mes parents en cas d’échec –eux qui ont fait tant de sacrifices pour un supposé « bonheur ». Petit à petit, il est devenu insupportable, il me demandait l’impossible « la soumission totale ou rentrer en Tunisie ».
Fin novembre 2006, il me déclare qu’il ne voulait pas de moi comme si j’étais un objet qui lui appartenait. Sans raison, il ne m’a jamais expliqué clairement le pourquoi.
Début décembre, il me demande de préparer mes valises pour rentrer en Tunisie.
Avec un billet d’avion, aller sans retour en main, il m’invite textuellement de « déguerpir ». Ce n’est qu’à ce moment là que j’ai informé Tunis en envoyant un véritable SOS à mes parents qui grâce à des amis installés au canada, j’ai pu quitter le domicile conjugal devant un mari, caméra en main, et qui a fait appel à la police pour constater ce qu’il qualifiait d’abandon de foyer- cette scène que je n’oublierai jamais car durant ces moments difficiles, mon époux n’avait aucun souci sur mes sentiments, sur ce que ressentait une femme jetée à la rue à des milliers de kilomètres de sa famille, il se préoccupait uniquement de sa propre personne – sortir du pétrin avec le minimum de dégâts en essayant de rejeter la responsabilité de cet échec sur ma personne.
J’ai quitté mon mari le 09-12-06 mais grâce à des amis charitables, canadiens et tunisiens, je suis restée au Canada. J’ai vécu un mois en solo avec l’aide (on peut même le qualifier d’aumône) des amis de mes parents installés au canada.
Le 19-12-2006, j’ai reçu (soit dix jours après mon départ) par l’intermédiaire d’un huissier notaire alors que j’étais en plein travail avec des collègues et des clients, une demande de divorce émanant de mon mari. Il sollicite un divorce à l’amiable mais à mes dépens….
J’espère que vous imaginez les problèmes et les soucis que j’ai du surmonter pour mon hébergement, le transfert de mes bagages, mes contacts et mes déplacements pour obtenir une assistance juridique, les nuits blanches que j’ai passé toute seule.
Maintenant que j’ai décidé de demeurer au Canada pour suivre de près mon procès et obtenir mon divorce dans les meilleurs délais. Ce même procès entamé en Tunisie pourrait perdure, surtout qu’il qui a décidé de ne pas se présenter devant les tribunaux tunisiens. Ceci m’a été confirmé par l’intéressé lui-même le jour de mon départ justifiant cette décision par son indisponibilité et que son père saura le représenter devant les tribunaux comme il a si bien fait lors de la signature du contrat de mariage.
Maintenant, je reconnais avoir commis beaucoup d’erreurs j’aurai du me rendre compte déjà lorsqu’il n’a pas voulu assister à la cérémonie du contrat de mariage –événement qu’aucun être sensé et honnête ne peut sauter.
J’aurais dû me méfier lorsque la demande de visa a accusé un retard injustifié et lorsqu’il m’a demandé de ne pas m’adresser personnellement et directement au service de l’émigration canadienne.
Après l’avoir quitté, je suis tombé sur l’article (que vous pouvez lire dans ce même blog) qu’il a écrit alors qu’on vivait encore ensemble. Je l’ai lu et relu une centaine de fois, il a parlé de tous ses problèmes, ses convictions et ses sentiments, et il se considère comme la victime des traditions musulmanes -religion qu’il renie d’ailleurs- mais pas un mot sur le calvaire de la véritable victime qui est cette épouse innocente et crédule. Ce Monsieur, aurait sous la pression de sa famille quitté sa concubine de dix ans et épousé contre son gré une tunisienne musulmane. Imaginez à son âge !!
Maintenant et avec un peu de recul, j’ai ouvert les yeux à l’article de ce monsieur, qui se considère victime de la pression de ses parents et ça m’a aussi beaucoup éclairé et expliqué certaines zones d’ombre. Toutefois, je n’ai pas compris l’approche de ce Monsieur. Pour quelqu’un qui a des regrets et même des remords pourquoi il n’a pensé à aucun moment aux sentiments bafoués de cette malheureuse, à cette désillusion et aux sacrifices perdus de sa famille ainsi qu’à son devenir.
Je me demande pourquoi il se plaint. De ces deux antagonistes qui est le fautif et qui est le grand perdant. Il y un seul coupable et je me demande à 40 ans, cadre supérieur, 18 ans dans un pays civilisé, comment peut-on agir avec autant de mépris envers une femme. Il s’agit d’un coupable qui ne bénéficie d’aucune circonstance atténuante mais il mérite plutôt une sanction à la hauteur du préjudice qu’il a occasionné à une femme innocente. Cette dernière sur le Dindon de la farce car elle aura beaucoup de mal à refaire sa vie sur des bases saines.
Cet homme oubliera vite sa petite escapade, il tournera la page et rejoindra probablement son ancienne concubine, il ne me reste que la prière pour oublier sa peine et soigner ma profonde blessure.
Personnellement, j’ai perdu cinq précieuses années de ma vie à attendre mon prince charmant, les cinq meilleures de ma jeunesse ; j’ai laissé ma famille chérie en Tunisie, mes amis, mes souvenirs. J’avais tous les atouts en main pour rêver d’un bonheur certain vu que ce monsieur m’a demandé au mariage lorsque j’avais 25 ans avec une maîtrise en Marketing, cadre supérieur titulaire dans une grande compagnie d’assurances Tuniso-française avec un avenir radieux. Sur le plan physique, j’étais gâtée alors pourquoi ce gâchis pour moi et pour ma famille qui a tout sacrifié (temps, argent, santé) et qui risque de perdre maintenant leur fille car je n’ai pas le courage de rentrer en Tunisie et de les voir malheureux.
Mais contrairement aux conclusions de Monsieur, ce n’est point un problème de pression sociale ou de traditions, la Tunisie est un pays très civilisé où la femme est l’égal de l’homme avec la possibilité de son intégration totale dans une civilisation occidentale comme celle de votre chaleureux pays.
Je pense que ce n’est surtout un problème de personne ou plutôt de personnalité. Il y a une catégorie de gens faibles et sans personnalité et qui malheureusement n’assument pas. Ces gens ne doivent pas à mon avis s’identifier à un pays riche et frère de sa culture. Le Canada saura t-elle accepter des citoyens qui renient leurs pays d’origine, religion, traditions- j’en doute fort.
Aujourd’hui, et après 4 mois et demi je commence à reprendre petit à petit goût à la vie, après avoir passé des nuits et des nuits à pleurer et s’apitoyer sur mon sort, et je tiens à préciser que c’est uniquement grâce à ma famille et mes amis que j’ai pu dépasser ce terrible incident.
C’est pour cette raison je voudrais conseiller à toute fille qui rêve de quitter sa famille pour rejoindre un supposé prince charmant de bien s’assurer de son honnêteté et d’y penser et d’y repenser parce que la mariage n’a jamais été une cérémonie ou un voyage de noce c’est vraiment beaucoup plus différent que ça ne le parait.
Beaucoup de personnes en lisant ce que j’écris vont sûrement se dire que c’est bizarre qu’elle ne s’est pas rendu compte de la triste réalité de son mari, je voudrais leur préciser que je suis une fille assez intelligente et que j’ai terminé mes études supérieures et que je suis d’une très bonne famille. Après avoir repensé à tout ce que j’avais vécu dans un pays étranger, je remercie toutes les personnes qui m’ont supporté d’une façon ou d’une autre à essayer de recommencer une nouvelle vie que j’espère moins malheureuse.